HISTOIRE

GUERRE 39-45

Cette soie blanche tombée du ciel était une aubaine en ce moment de pénurie…

Le 14 août 1944. Mosquito FB6- HP866.

Tombé au lieu dit “Quévran” en Pordic 22. Dans la nuit du 14 au 15 août 1944 un Mosquito de la Royal Air Force revenait d’une mission antinavires dans l’estuaire de la Gironde. Il était piloté par le Flying Officer Corbin Harold secondé par le Flying officer Webb Maurice, navigateur. L’avion au cours de l’attaque fut touché par les tirs de la Flak allemande, ce qui entraîna des impacts importants dans trois des quatre réservoirs du ‘’Mossie’’ surnom donné a cet avion par les aviateurs Anglais. Le pilote mis le cap tout d’abord sur Vannes mais redirigea son avion vers la côte nord pensant pouvoir regagner un aérodrome Anglais. Très vite la situation s’aggrava et il fut décidé d’abandonner et de sauter avant que l’avion n’atteigne la Manche.

Voici les faits racontés par Messieurs Orhan Robert et Simon Jean, témoins de cette époque.

Le 14 août 1944, vers 22h30, un avion passe au dessus de Trévenais en Lantic en faisant un bruit très anormal. Presque aussitôt, c’est l’explosion. On a pu situer le point de chute en raison de la hauteur des flammes. Aussitôt, je suis parti avec Alexandre Farin et mon frère André et nous sommes arrivés au lieu de l’explosion, à “Quévran”, à quelques mètres de la ferme de Monsieur Eouzan. L’avion était totalement déchiqueté et les débris occupaient une grande surface. Il y avait des gens sur place, dont le curé de Pordic qui bénissait les restes de l’avion. Et s’ils n’étaient pas morts ? (ils s’étaient jetés en parachute, avec tous les dangers qu’un saut de nuit présente. Fils électriques et pièces d’eau, d’autant qu’ils n’avaient pas eu d’entraînement parachutiste) tous les trois nous avons cherché dans la vallée du Rodo (Malassis), jusqu’au niveau de Quimperé.

En vain ! On s’est couché vers 3 heures du matin. Ce jour là, 15 août, ma mère partit pour la messe du matin, au bourg. Au Carpont, elle a vu un attroupement et on lui a signalé la présence d’un aviateur Anglais. Elle est revenue me réveiller et c’est ainsi que je l’ai ramené a la maison. C’était Louis Hery qui l’avait ramené chez Marianne Burlot, sur le cadre de son vélo. Vers 11heures, Armand Guyez, limonadier à Binic est venu avec deux résistants le chercher mais il n’a consenti à partir que si j’allais avec lui. A notre Dame de la Cour, il a retrouvé son navigateur, Maurice Webb, il était tombé au lieu dit “Le Guern” et avait donné son parachute à Germaine Hélary qui est à Tréguidel devenue Madame Macé, dans une robe de mariée taillée dans le parachute. Nous avons eu l’honneur et aussi le plaisir de les recevoir et de parler avec eux. Ils ont vu tous les deux, en l’air , l’explosion de leur avion. Celui qui est tombé à Tréguidel a pensé au pilote et le pilote a pensé à nous «pourvu que notre avion ne tue aucun Français« .

Le parachute de Harold Corbin a été retrouvé 2 ou 3 mois après par Almyre Thomas au-dessus du vieux moulin de “Cullerette”. Ces deux aviateurs étaient engagés volontaires et ont failli perdre la vie plusieurs fois (le pilote s’était vieilli de deux ans pour pouvoir s’engager, en réalité il avait dix neufs ans quand il est parti pour l’entraînement) .Quelques jours après ,leurs familles avaient reçu l’avis officiel de leur disparition et elles n’ont été prévenues qu’ils n’étaient pas morts que la veille de leur retour. La mère de l’un d’eux a eu une syncope quand elle l’a revu.

Ils ont repris le combat en Norvège. Ils étaient spécialisés dans l’attaque de la Flotte Allemande et dans la défense côtière. Leur avion était un Mosquito (Moustique ) chasseur bombardier très rapide, très bien armé, mais en bois (donc fragile). Les allemands en avaient peur Maurice Webb et Harold Corbin ont été très heureux de revoir les endroits où ils sont tombés. L’un a bien reconnu le clocher de Notre Dame de la Cour et l’autre la façade du café de Chez Mariane. Ils ont été très touchés par l’accueil qu’ils ont reçu, par les municipalités de Tréguidel et de Lantic.

Pour conclure, je citerai la célèbre phrase de Churchill en parlant des aviateurs Anglais «Jamais dans l’histoire des guerres, un si grand nombre d ’hommes, n’a contracté une si grande dette à l’égard de si peu. Que serait-il advenu de nous si Hitler avait conquis l’Angleterre ? On préfère ne pas y penser.

Journal municipal de Lantic – janvier 1996

Lors de la dernière guerre, à deux reprises, des aviateurs en difficulté ont dû sauter en parachute et atterrir dans le hameau du Guern.

Ainsi, dans la nuit du 14 au 15 août 1944, un aviateur anglais tombait au pignon de la maison habitée par Marie-Ange Hélary et ses filles. Le chien de la maison aboie, mais il n’y a que des femmes et personne n’ose bouger. Le navigateur passe la nuit ramassé dans son parachute, bien au chaud dans la soie blanche. Au petit matin, il se rend vers le bourg puis revient au Guern accompagné par Paul Robin qui l’a trouvé en cours de route. C’est alors qu’il fait don de son parachute avant l’arrivée des gendarmes venus le récupérer.

Pour Marie-Ange et sa fille Germaine ,couturières, cette soie blanche tombée du ciel était une aubaine en ce moment de pénurie où les “points textiles” étaient en vigueur et rarement honorés faute de marchandises. On en fit bon usage, récupérant les fils des cordons pour faire des chaussettes et la soie pour confectionner une magnifique robe de mariée.

Le 26 avril 1945, en mairie de Tréguidel, Germaine Hélary se mariait avec un marin de la commune, Pierre Macé, revêtue de la belle robe blanche en soie de parachute.

L’histoire ne finit pas là. Cinquante et un ans après, par un heureux concours de circonstances, Pierre et Germaine ont retrouvé la trace de Maurice Webb, le navigateur anglais âgé de 20 ans à l’époque, qui n’était jamais revenu en France depuis la guerre. Les retrouvailles ont été organisées en peu de temps. Elles ont eu lieu le 12 avril dernier et tous se sont retrouvés au pignon de la maison du Guern à égréner leurs souvenirs. Maurice Webb était accompagné de son fils et de son petit-fils. Le temps a passé mais les souvenirs sont restés bien ancrés dans la mémoire de Maurice Webb :

Notre avion, un Mosquito, avait subi des tirs de la DCA  au-dessus de Royan où nous étions en mission de bombardement. Nous rentrions en Angleterre mais l’avion avait une panne de moteur et le carburant manquait pour traverser la Manche. C’est alors que nous avons décidé, le pilote et moi, de sauter. C’est vers 22 heures que j’ai dû atterrir à Tréguidel, tandis que mon pilote Harold Corbin, tombait à Trévenais en Lantic”.

Germaine a fait redécouvrir à Maurice les lieux de son parachutage et dans l’émotion des retrouvailles a offert à l’aviateur anglais le haut de sa robe de mariée, tout ce qui reste du parachute précieusement conservé. Maurice Webb était tout heureux de repartir pour Bedfort avec, contre son coeur, ce souvenir de haute importance.

Avant de quitter Tréguidel, il a été reçu à la mairie par René Berthelo maire, et la municipalité pour le verre de l’amitié.

Bulletin municipal de Tréguidel – 01.1996