HISTOIRE

GUERRE 39-45

Très haut dans le ciel, un groupe de forteresses volantes, ce soir du 29 mai 1943, au retour d’une mission,
regagnait ses bases de départ en Angleterre….

Crash du bombardier Lady Godiva 
Photo : Jean-Michel Martin

LE COMBAT 

Le 29 mai 1943. Base Aérienne de Kimbolton. Angleterre. Le 379ème groupe de bombardement lourd (Bombardment Heavy) se prépare à une mission ayant pour objectif la base sous marine de Saint Nazaire dans l’ouest de la France. C’est sa première mission. Les équipages prévus, s’affairent et prennent les directives au briefing. Le raid est décidé pour la fin de l’après midi. Les ordres se précisent et l’objectif devra être atteint à 17 heures. Dans d’autres bases également on est aux préparatifs. Equipages, mécaniciens chargent des bombes …

Ce raid va regrouper 169 B-17 forteresses volantes. Sur la base de Kimbolton, le lieutenant Theodore Peterson est quelque peu tendu. C’est sa première mission. Agé de 23 ans, il va devoir mener à bien l’ordre donné par ses supérieurs car lui aussi va venir se joindre a l’escadrille.

Equipage du Lady Godiva

On lui a confie le “Lady Godiva” B-17 F, codé LF-G, serial #42-29878. L’équipage sera de dix hommes, lui compris. 4 officiers T. Peterson, le lieutenant Jack W. Bourn, (co-pilote), le lieutenant Woodrow T. Moore (navigateur), le lieutenant Warren T. Rosacker (bombardier), le sergent John M. Scott (radio), le sergent Maynard M. Spencer (mécanicien), le sergeant William E. Blubaugh (mitrailleur avant), le sergent William T. Ayres (mitrailleur droit), le sergent Paul R. Cribelar ( mitrailleur gauche), le sergent Gideon A. Brown (mitrailleur de queue).

Vers 15 heures 30 tous ces B-7 décollent à tour de rôle dans un bruit assourdissant. Tous s’en vont rejoindre le point fixe pour un regroupement en escadrille et par groupe de six. Au-dessus de la mer, tout s’organise et Ted vient se placer comme prévu à la gauche du chef de groupe. Sur la base, un vide s’est installé malgré tout avec l’appréhension de ne pas voir revenir certains. La base de Kimbolton fin 1943 avait un effectif de 70 équipages complets nécessitant 4000 hommes au sol, avec toute la logistique nécessaire au bon fonctionnement de toutes ces missions. La première partie du vol se passe bien et prend la direction d’Argentan ou le groupe va se scinder en deux faisant diversion. Ted et son équipage va se diriger vers sa cible qu’il approche peu avant 17 heures.

Très vite, c’est l’enfer. Les canons antiaériens se déchaînent, mille panaches de fumées noires entourent les B-17, ceci  est dû aux explosions des obus. Sur sa droite, Ted et ses hommes assistent impuissants à la destruction de l’avion du chef de groupe, (B-17 #42-29792). Ce dernier tombe rapidement. Immédiatement le “Lady Godiva” est frappé par un obus sur son aile gauche. Un trou béant de trois à quatre mètres est visible dans l’aile. Aussitôt les deux moteurs gauches sont en feu. Très vite, Ted comprend qu’il ne pourra pas suivre la route prévue pour le retour. Malgré cette situation, à 17 heures 07, il fait déverser le chargement de bombes sur la cible qui est atteinte. Aussitôt, il décide rapidement de couper la péninsule bretonne pour essayer de rentrer sur une base anglaise. Très vite l’avion de Ted est la cible des Messerchmitt qui sont là pour l’achever. Un des chasseurs, par son tir, met le feu dans un des moteurs restant. Très vite l’ordre d’évacuation fut donner et, tour à tour, l’équipage sauta en parachute. Ted Peterson sauta le dernier après quelques inquiétudes car il manquait un parachute qu’il retrouva in-extremis dans un placard, il quitta l’avion à une altitude de 324 mètres et tomba au lieu dit “Meno”, commune de Plourhan (Côtes d’Armor) dans un chêne toujours visible de nos jours.

Theodore Peterson, le pilote

A l’aide de son canif, Ted coupa les suspentes de son parachute et fut secouru par des gens du pays qui le cachèrent, puis il arriva à Saint-Quay-Portrieux dans une maison où il retrouva Scott son radio. Seuls eux deux ne furent pas faits prisonniers. Peterson et Scott purent rejoindre la base en Angleterre le 16 août 1943 après bien des difficultés et un passage par la région parisienne et l’Espagne via les réseaux d’évasion. Les autres membres d’équipage furent faits prisonniers et finirent la guerre dans les stalags en Allemagne. Le B-17 finit sa course en mer à plus d’un mille nautique de St Quay-Portrieux, sur la roche des Poulains. Il reste à ce jour quelques vestiges de ce bombardier qui avait emprunté son nom à une légende anglaise celle de Madame Godiva qui, nue sur son cheval, traversa la ville de Coventry à la demande de son terrible époux pour qu’enfin celui-ci convienne de ne plus écraser de charges et de corvées les pauvres habitants de cette ville. Mais ceci se passait il y a bien longtemps en l’an 1080.

En 1987, Ted Peterson revint d’Amérique pour inaugurer le monument érigé sur la place de la Victoire, à Plourhan, en souvenir de cet évènement. Une hélice de ce B-17 fut remontée du fond de la mer et fait partie de ce monument. Sur ce monument, figurent les noms de Plourhannais qui suite à cet événement furent déportés en Allemagne et hélas n’en revinrent jamais. Notre plus profonde reconnaissance va à tous ces hommes qui ont donné leur vie pour que nous soyons libres – Jean-Michel MARTIN

Témoignage de Michel Cocherel

Sur les deux aviateurs américains tombés sur la commune de Tréguidel ce même jour. Nous sortions de l’école, il était environ 16 heures 30 mn. Des bruits d’avions et de tirs attirèrent notre attention. Nous avons aperçu deux chasseurs allemands qui attaquaient, sans répit, une Forteresse Volante qui visiblement était en grande difficulté. Elle avait quitté le groupe où elle évoluait. Ce groupe de bombardiers continuait sa route vers l’Angleterre à haute altitude. Le ciel était bien dégagé. Les avions allemands s’acharnaient, tirant sans arrêter sur l’appareil en difficulté. Nous voyions également le feu des balles traçantes et aussi le bruit de celles qui tombaient sur les toits, surtout sur les hangars métalliques. On aperçut un parachutiste sauté de l’avion rapidement suivi d’un autre. Le premier a atterri dans un grand pommier  au village du Guern près du bourg. L’aviateur fut aidé par deux jeunes du voisinage. Son parachute fut caché aussitôt sous un amas de ronces, il se dissimula derrière un talus puis fut aidé à trouver son chemin, bien court car il avait été arrêté au bourg par les occupants. Le second, tomba à environ 1 kilomètre du bourg, en pleine campagne.

Mon père et un de nos voisins arrivèrent très vite pur lui porter assistance. Je suivais à distance. Il resta sur place et voulut se cacher dans des fourrés épais. Il organisa lui-même sa cachette dissimulant son parachute. Il se reposa une heure environ. Mon père lui apporta du pain, des oeufs, il but deux verres de cidre. Il expliquait ne pas connaître cette boisson, mais dit qu’il appréciait. Il demanda que ses oeufs soient préparés en omelette. Mon père décida de revenir chez nous pour préparer ce qu’il nous demandait. Nous le suivîmes. A notre retour, au bout du chemin et à environ une vingtaine de mètres de la cachette de notre aviateur, on aperçut un attroupement avec les gendarmes français à la solde de Pétain, des Allemands et un jeune homme et une jeune fille. Nous connaissions ces derniers, ils étaient cousins. Le groupe ignorait notre présence toute proche. On entendit très bien le jeune homme demander à sa cousine “Eh bien, dis-leur où il est puisque tu le sais” la jeune fille sans hésiter indiqua la cachette et l’Américain fut arrêté. Son premier réflexe de captif fut de tourner le dos à tous ces gens et de se mettre à chanter très fort . Le groupe partit vers le bourg. Nous les avons vus s’éloigner.

J’ai toujours pensé que cet aviateur aurait pu croire que nous étions pour quelque chose dans son arrestation, n’ayant pu terminer notre mission de secours à son égard. Sur les dix membres d’équipage, 8 furent faits prisonniers. Sur Tréguidel, sont tombés les Snd Lieutenant Woodrow Moore et le second Warren T. Rosaker. Il est difficile de dire lequel avait sauté le premier. Ted Peterson (23 ans) le commandant de cette forteresse volante avait déclenché le signal d’évacuation de l’avion faisant sauter en premier les aviateurs situés à l’avant de l’appareil. Son copilote a sauté en troisième position, ce dernier ne retrouvant pas son parachute avait pris celui de Ted. Ted dut prévenir ceux de l’arrière qui n’avaient pas entendu l’alerte. Ted sauta en dernier, ayant retrouvé heureusement à la dernière minute le parachute manquant. Le groupe de pilotage ne s’équipait pas du parachute avant de partir car certaines manoeuvres de pilotage s’avéraient difficiles avec cet équipement. Donc, il le mettait au dernier moment.

Propos recueillis par Jean-Michel  Martin

TREGUIDEL - 8 mai 2014

Marcelle Gicquel et Michel Cocherel racontent