HISTOIRE

LES BOUTOUS

Les habitants de Tréguidel sont également surnommés les Boutous. Les querelles de clochers sont bien souvent à l’origine de ces sobriquets.

Aux  XIXè et début du XXème siècles, les querelles de clochers, ces rivalités entre villages, lieux-dits, paroisses… provoquaient des altercations qui n’étaient pas toujours que verbales d’ailleurs.  Les habitants des villages étaient ainsi bien souvent affublés d’un sobriquet, en fonction de particularités physiques, vestimentaires, alimentaires.. Parfois, on inventait des récits qui visaient à ridiculiser, voire ternir la réputation de son voisin.

C’est ainsi que les Tréguidelais furent surnommés “Les Boutous“.

Boutous

Le terme  “bouter” est un mot ancien qui signifie pousser, refouler. On raconte qu’une histoire est à l’origine de ce surnom. Voici le texte, tel qu’il a été collecté par JM Carlo en 1897.

 L’EGLISE DEPLACEE

“Certains habitants de Tréguidel se plaignaient de leur éloignement de l’église et du chemin qu’il leur fallait faire pour venir à la messe. Quel dommage, disait l’un d’eux, qu’on ne puisse la pousser un peu et la rapprocher de notre village… — Qui sait, répond un autre, si on n’y arriverait pas ; en tout cas, il ne coûte guère d’essayer et, si vous voulez m’en croire, nous allons unir nos efforts et tenter la chose. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils s’élancent, s’approchent de l’église, s’arc-boutent et poussent de toutes leurs forces. Après un quart d’heure de fatigue, ils perdent haleine et sont en sueur. D’un commun accord, on suspend le travail et on profite de ce moment de repos pour juger de l’effet produit… Les avis se partagent, mais pour autant leur ardeur ne se ralentit pas. Toutefois, l’un des gars fait remarquer qu’ils sont gênés dans leurs mouvements par leurs habits et, qu’en les posant, ils seraient beaucoup plus libres. Tout le monde se rend à la justesse de ce raisonnement et, les vestes étant déposées, chacun se remet avec une nouvelle énergie à pousser sur les murs de l’église.

Or, un chiffonnier de Lanfains se trouve d’aventure à passer en ce lieu. Que vois-je, dit-il? Quelle aubaine inattendue ! Il ouvre son sac et gilets et vestes s’y entassent en un clin d’oeil… Les gars de Tréguidel qui n’ont rien vu, occupés qu’ils étaient par leur travail viennent pour la seconde fois juger du résultat obtenu. Quelle joie ! quel bonheur ! cette fois personne ne peut en douter, l’église a changé de place ; elle se rapproche de chez eux, et la preuve, c’est qu’elle s’est avancée jusqu’à leurs habits et les recouvre.

Allons, les gars, courage ! remettons-nous à la besogne et bientôt nous allons voir nos habits reparaître de l’autre côté de l’église. Pour la troisième fois ils retournent à la charge ; ils poussent, ils s’excitent, mais tout fut inutile. Ils étaient sans doute fatigués et leurs efforts moins violents, car la nuit arriva et ils furent obligés de reprendre le chemin de leur village avec leurs chemises seulement sur le dos, heureux néanmoins de ce qu’ils avaient fait et se promettant de recommencer le lendemain. Leur joie fut toutefois de courte durée, car les femmes, qui avaient vu le chiffonnier passer pliant sous le faix, devinèrent la vérité et se moquèrent de la naïveté de leurs maris.”

J’en profite pour vous présenter un autre récit qui fait partie de la tradition populaire, collecté également par JM Carlo.

LE BAIN DES GARS DE TREGUIDEL

“Une autre fois, c’était en été, la chaleur avait été accablante toute la journée et plusieurs gars de Tréguidel causaient en se reposant et se disaient qu’un bon bain leur ferait du bien. L’un d’eux qui avait sans doute voyagé et vu autre chose que le haut de son clocher et le fond de son écuelle, inspecte l’horizon et aperçoit au loin un champ de blé dont les épis ondulant au souffle de la brise, ressemblaient aux vagues de la mer. « Voilà, dit-il, notre affaire : allons là-bas et nos désirs vont se réaliser. » On part, on arrive près du champ, on se déshabille et l’on s’apprête, non sans émotion, à s’élancer dans cette mer. Mais ils songent tout à coup aux accidents possibles et pour s’assurer qu’aucun d’eux n’y laissera sa peau, ils jugent prudent de se compter et chacun à tour de rôle crie: un, deux, trois… quinze.

Cela fait, ils se précipitent dans “les flots ” qu’ils traversent en gesticulant et rendus à l’extrémité du champ — non de la mer, — ils recommencent en sens inverse et reviennent au point de départ. Voyons, dit l’un d’eux, si nous sommes tous réunis ; je compte : toi, mon cher Pierre et moi, tu sais bien que nous ne faisons qu’un, Jean fait deux, Jacques fait trois, etc. Désolation ! il en manque un à l’appel. On se replonge, on nage, on cherche et quand tous se croient de retour, on se compte à nouveau. Cette fois, c’est Jacques qui est chargé de l’affaire, et, suivant l’exemple donné, il dit : Jean et moi faisons un, Pierre, deux, etc. Horreur ! il en manque toujours un. — Vous ne savez pas compter, dit Jean, laissez moi faire, et il procède comme ses devanciers et arrive au même résultat.

Cependant on se regarde, on se consulte pour savoir et on n’arrive pas à se rappeler qui peut être l’absent. Alors, un d’eux, plus avisé que les autres, apercevant une bouse de vache, dit : Que chacun de nous mette à tour de rôle son doigt dans cette bouse et nous compterons ensuite les trous… Un, deux, trois.. quinze. Quinze! nous sommes tous là ; aucun n’est mort, aucun ne s’est noyé.. Embrassons-nous, les gars !”

Pour finir, et ne pas être en reste,  voici quelques sobriquets  affectés à nos voisins :
(certains surnoms sont extraits du livre “Querelles de clochers” de Daniel Giraudon)

Châtelaudren : Les manches à balai
Lanvollon : les craquelins
Notre-Dame-de-la-Cour : les lèche-plats
Plélo : les mulots
Plourhan : les gros ventres (j’ai également lu : les pieds de boeuf)
Trégomeur : les écorchous
Tréveneuc : les crapauds rouges