HISTOIRE

LES MAIRES DE TREGUIDEL

Habit bleu brodé d’argent, gilet blanc, chapeau français à plume noire, épée et écharpe,
De cet uniforme, il reste une survivance : l’écharpe tricolore

Les Maires successifs de Tréguidel depuis 1790  

ANNEE MAIRE ADJOINT
1794 Yves MEDA Jacques DRILLET
(suite décès, remplacé par Jean DRILLET)
1800
à 1807
Jacques MARTIN (provisoire)
Yves MEDA
Toussaint CORBEL
(prov)

Yves HELARY
1808
à 1813
Jean-Marie HERISSON Gilles LE TROQUER
1814
à 1815
François GUILLAUME
1816
à 1829
décès François GUILLAUME
remplacé par Olivier HERY
1830
à
1835
Olivier HERY Fils
1836
à
1844
Olivier HERY François GUYOT
1845
décès François GUYOT
remplacé par Louis LE MOINE
1846
à 1850
Toussaint DRILLET*
1851

 

décès Louis LE
MOINE
remplacé par Jean-Marie HERISSON
1852 Yves GICQUEL Jean-Marie HERISSON
1853
à 1868
démission Yves GICQUEL
remplacé par Olivier HERY
François BLOUIN
1869
à 1870
décès Olivier HERY
remplacé par Yves HELARY
1871
à 1874
Yves HELARY Pierre-Marie GOUARIN Père
1875
à 1895
Démission Pierre-Marie GOUARIN Père
remplacé par Pierre-Marie GOUARIN Fils
1896
à 1903
Jacques GUILLAUME
1904
à 1907
Décès Yves HELARY
remplacé par Pierre-Marie GOUARIN
Jacques GUILLAUME
1908
à 1914
Yves HELARY
1915
à 1918
Décès Pierre-Marie GOUARIN
remplacé par (?)
1919
à 1924
Yves HELARY Yves GUILLAUME
1925
Yves GUILLAUME Jacques HELARY
1929
à 1934
nommé puis démission Yves GUILLAUME
remplacé par Jacques HELARY
nommé puis démission Jacques HELARY
remplacé par Yves GUILLAUME
1935
à 1958
Jacques HELARY Pierre POULOUIN
1959
Yves GUILLAUME Henri GICQUEL
1965
Yves GUILLAUME Joseph LALLES
1971
Yves POULOUIN
1977
Yves POULOUIN
1983
René BERTHELO
1989
René BERTHELO Yves PIERRE
Annie CARPENTIER
1995
René BERTHELO Pierre ROUXEL
Annie CARPENTIER
André GUILLAUME
2001
Daniel BARRET André GUILLAUME
Annie CARPENTIER
Louisette RAISON
Alain HANOT
2008
Daniel BARRET André GUILLAUME
2014 Daniel BARRET André GUILLAUME
Bernard HELARY
Liliane CLECH

* Nota : on relève une incohérence de noms sur la période 1845 à 1851 – un changement d’adjoints serait-il intervenu entre ces dates ?

Histoire de la fonction du maire

Le mot ” Maire ” trouve son origine dans le Polyptique d’Irminon, ouvrage de droit d’un Abbé de Saint Germain des Prés au IXe siècle, qui emploie le mot “Maior ” quand il parle du représentant du domaine, administrant le village pour le compte du seigneur.

 La naissance du mouvement communal remonte au XIe siècle. Progressivement la vie dans la commune va s’organiser. Au XIIe siècle, le maire fait son apparition. En effet, dès lors que la commune était reconnue juridiquement et politiquement, il lui restait à se doter d’organes pour la représenter. Selon l’époque et le lieu, on parlera de pairs, d’échevins ou de conseillers.

Si les communes sont apparues progressivement en France, ce n’est qu’en 1790 qu’un statut de la commune est fixé avec précision. La première loi municipale date du 14 décembre 1789 : toutes les assemblées d’habitants ont à leur tête un maire et des conseillers élus. Le 22 décembre, 44 000 municipalités s’installent au sein des “communautés d’habitants“, soit autant que de paroisses.

Dès l’apparition de la fonction, et avec la Révolution française, le Maire s’est vu confier une double fonction. Outre celle de gérer sa commune, le Maire a eu pour mission première de représenter au mieux les intérêts de l’Etat. Cette dualité de la fonction s’est perpétuée au fil des régimes et existe encore aujourd’hui. D’ailleurs il n’est pas depuis très longtemps si indépendant par rapport au pouvoir central. Il ne l’est toujours pas totalement aujourd’hui, puisqu’il reste un agent de l’Etat.

Pendant tout le XIXe siècle, il est considéré plus comme le prolongement du bras de l’Etat que comme le chef de ses administrés. Cela est en partie dû à son mode de désignation qui oscillera longtemps entre nomination et élection.

La monarchie de Juillet (18301848 proclamée le 9 août 1830 après les émeutes des  Trois Glorieuses, succède la Restauration) décide, par la loi du 21 mars 1831, que les conseils municipaux seront élus par les contribuables les plus imposés, mais elle maintient la nomination du Maire, choisi parmi les membres du conseil.

 La IIe République, par le décret du 3 juillet 1848, dit que les Maires seront désormais élus par les conseils municipaux, eux-mêmes élus au suffrage universel. Exception pour les Maires des chefs-lieux d’arrondissement, de département et les villes de 10.000 habitants et plus, qui continueront d’être nommés.

Avec le Second Empire, l’élection des conseillers municipaux est maintenue, mais tous les Maires sont à nouveau nommés soit par le chef de l’Etat soit par le Préfet (décret du 7 juillet 1852). De surcroît, les Maires ne sont plus forcément choisis parmi les membres du conseil municipal. C’est le retour à l’an VIII, et le Maire est alors le plus dépendant des fonctionnaires. Mais l’impopularité grandissante, une circulaire de 1865 demandera aux Préfets de choisir le Maire de préférence parmi les conseillers municipaux.

La IIIe République s’installant progressivement, une loi transitoire du 14 avril 1871 décide que les Maires seront élus par les conseils municipaux. Mais pour les chefs-lieux et les villes de plus de 20.000 habitants, il reste nommé.

Ainsi, pendant 10 ans, le mode de désignation du Maire évoluera au gré des majorités. Tendance monarchiste, le Maire est nommé, tendance républicaine il est élu.

En résumé, de l’an VIII à 1831, sous le Second Empire, puis sous le gouvernement de “l’ordre moral” (1873-1874), le choix du pouvoir peut porter sur une personne non-membre du conseil municipal. Mais le 5 avril 1884, la grande loi sur l’organisation municipale (dont plusieurs éléments existent encore) est votée, et le Maire est définitivement élu par le conseil municipal.

(Vichy rétablira la nomination des Maires, mais aussi des conseillers municipaux dans toutes les communes supérieures à 2000 habitants. Cette parenthèse se referme en 1944 et les Maires et conseillers municipaux sont à nouveau élus partout, sauf à Paris).

Le Maire : Agent de l’Etat

Cette fonction d’agent de l’Etat a évolué de pair avec la laïcisation du pays. Sous l’Ancien Régime, le Maire avait pour tâche de lever les impôts dus au seigneur et à l’Etat, ainsi que d’organiser les corvées. Avec la Constitution Civile du Clergé, promulguée le 12 juillet 1790, le Maire se voit confier des attributions qui, jusque là, relevaient du curé.

Mais c’est la loi du 22 pluviôse an VIII, complétée par l’arrêté du 2 pluviôse an IX, qui donne à la fonction de Maire sa définition moderne et lui confère son originalité.
Pendant près de trois quarts de siècle, le Maire va être considéré presque exclusivement comme un agent du pouvoir central.

L’Etat civil

Auparavant, il revenait au curé de recenser les naissances, les décès et les mariages dans la paroisse. Ceci s’explique par le fait que, sous l’ancien régime, tous ces événements se déroulaient à l’église.

Le 20 septembre 1792, la Convention, en lutte contre le clergé réfractaire, décrète que l’état civil sera désormais tenu par les corps municipaux. Cette décision est d’une grande importance dans le processus de la laïcisation de notre société. Le Maire placé sous l’autorité du Procureur de la République, ne peut se soustraire à la tenue de l’état civil, et ne peut refuser de délivrer des actes demandés par les citoyens, résidant ou non dans sa commune.

 Officier d’état civil, il reçoit les naissances et les décès, célèbre les mariages. Obligation d’information lui est faite auprès des administrations d’Etat (Il communique les informations sur ses concitoyens aux organismes de Santé, de Défense et au Fisc). Le Maire est alors un grand ” certificateur “. Il délivre notamment le certificat de civisme, nécessaire pour briguer une place dans l’administration, et accorde des attestations tel le certificat d’indigence pour être dispensé d’imposition…

Les Elections

Premières élections municipales : février 1790. Pour être électeur, il faut payer un impôt au moins égal à trois journées de travail (trois livres). Les plus pauvres sont écartés, d’où le faible nombre d’électeurs dans les communes modestes. Les élus doivent payer un impôt égal au moins à dix jours de travail. L’agent municipal (le maire) est élu pour deux ans et ne pourra être réélu qu’après un délai de deux ans.

Le Maire est en charge des listes électorales, il recense les électeurs. Les listes électorales sont, chaque année, révisées par une commission composée du Maire, de représentants du Préfet et du Président du Tribunal de Grande Instance. Cette commission se prononce sur les demandes d’inscription et de radiation. Elle a aussi le pouvoir de radier d’office des électeurs.

Le Maire veille également à l’organisation du scrutin, tant du point de vue matériel (tables, urnes, isoloirs), que du point de vue de la constitution du bureau (présidents et assesseurs). Il veille à ce que le vote s’effectue dans le calme et la sérénité.

Jusqu’au milieu de la IIIe République, ces notions resteront relatives. En effet, les enveloppes ne sont pas obligatoires sous l’Empire, et seul le bulletin de vote du candidat officiel est blanc, ce qui permet au Maire de connaître le vote de chaque citoyen.

Au début de la IIIe République, le scrutin dure deux jours, et pendant la nuit, c’est le Maire seul qui surveille l’urne.

Les Républicains voient là une atteinte portée à la sincérité du scrutin, d’autant que ce sont les monarchistes, dominant à cette époque l’Assemblée, qui avaient fait voter cette loi sur la durée du scrutin. Afin de limiter la tricherie, les citoyens pro républicains étaient invités à ne venir voter que le deuxième jour.

En 1945, les femmes sont autorisées à administrer les municipalités.

Les affaires militaires

C’est en 1793 que la fonction du Maire va s’étendre au domaine militaire. Les Maires doivent alors fournir la patrie en hommes, en matériel et en vivres. Ils doivent donc recenser les soldats et les mobiliser.

Le 12 janvier 1798, le Directoire adopte le service militaire obligatoire. A chaque mobilisation de soldats, le Maire doit organiser une cérémonie solennelle de départ.

En 1802, le Maire doit assister au tirage au sort des conscrits. S’il est absent, il est sanctionné.

Exemptions et remplacements dépendent de lui. Dès lors de nombreux Maires seront destitués pour avoir voulu épargner la guerre à certains jeunes gens. Des registres de l’état civil disparaissent, on invente des maladies graves… Tout y passe.

Le 22 décembre1804, un arrêté les rend responsables des réfractaires et des déserteurs de la commune.

Aujourd’hui le Maire remplit juste la fonction de recensement des jeunes de 17 ans, qu’il transmet au Préfet.

Les Affaires Scolaires 

La Loi Guizot (François Guizot homme d’Etat et historien, 1787-1874) sur l’enseignement primaire du 18 juin 1833, relance la politique de laïcisation dans les communes ; les Maires doivent absolument créer une école primaire dans leur commune.

En 1832, 10.400 communes ne disposent pas d’école, contre 3 200 en 1847. C’est dire si les Maires se sont affairés. L’enseignement doit absolument échapper aux ecclésiastiques. Le Maire doit trouver une salle destinée à faire la classe ainsi qu’un logement pour l’instituteur. Ce besoin va de pair avec la nécessité de construire des Mairies. Pendant longtemps en effet, les réunions du conseil municipal avaient lieu chez le Maire. Les registres étaient enfermés chez lui, dans une armoire.

Toutefois La Restauration offre en effet à l’Eglise une petite revanche sur les laïcs. Certains curés vont ainsi refuser de donner les derniers sacrements à ceux qui ont accepté la Révolution. Brimade, répression moralisatrice, tout leur est bon.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, on assiste donc à la construction des fameuses “écoles-mairies” dont on peut encore voir des traces aujourd’hui. L’édifice se décompose généralement en trois parties : au centre du bâtiment la mairie, les deux ailes abritant l’école des garçons et l’école de filles. La mairie va trôner parfois en rivale de l’église, sur la place du village. Les investissements étant lourds, il est fait appel à la générosité des notables de la communauté. Le Maire, généralement un bourgeois, est invité à mettre la main à la poche pour montrer l’exemple.

L’habit du Maire

Machiavel disait que le pouvoir devait se donner à voir. Le costume serait-il un moyen d’honorer le Maire et de rendre un peu plus prestigieuse la fonction ?  En tous les cas se sont les Maires qui vont exiger ce signe distinctif.

La loi du 19 avril 1790 dote les Maires d’une écharpe tricolore, attachée d’un nœud et ornée d’une frange de couleur d’or pour le Maire et blanche pour les adjoints.

Bonaparte assimile l’administration à l’armée. Aussi, l’arrêté du 17 floréal an VII (16 mai 1801) impose aux Maires un uniforme. Mais pour somptueux qu’il soit, l’achat du costume est aux seuls frais du Maire, et il coûte relativement cher. Aussi décide-t-on de ne le rendre obligatoire que pour les Maires de communes de plus de 5000 habitants.

Avec la Restauration, l’habit reste le même, mais le Lys remplace l’aigle sur les boutons du costume et l’on change aussi la broderie. La ceinture devient blanche.

Avec la IIe République, c’est un retour à l’écharpe tricolore, encore de mise aujourd’hui.

Le décret du 22 novembre 1852 autorise les Maires à posséder un insigne : ” sur un fond d’émail bleu, blanc, rouge, portant ” Maire ” sur le blanc et RF sur le bleu, entouré de deux rameaux de sinople, d’olivier à dextre et de chêne à senestre, le tout brochant sur un faisceau de licteur d’argent sommé d’une tête de coq d’or “.

Afin de renforcer l’autorité du Maire, on décide de lui donner la possibilité de se doter d’une garde nationale locale, l’équivalent de notre police municipale actuelle, rapidement baptisée “la milice bourgeoise”. Cette milice va subsister jusqu’en 1851, voire jusqu’en 1871. Mais le Maire a des difficultés à rassembler des hommes qui n’ont que pour seul revenu les honneurs de la municipalité les jours de fête.

 

source : afdt
pascal.baudoin