Dans DOSSIERS, Environnement

Réunion des riverains de l’usine de Launay-Lantic
jeudi 18 juillet 2019 à 20 heures
salle de la mairie – Tréguidel

Des habitants de Tréguidel, Lantic et Plélo se sont réunis à l’initiative d’un comité de riverains de l’usine de Launay-Lantic pour échanger sur la situation générée par les algues vertes. Plus de 70 personnes étaient présentes.

Jean-Yves Goascogne et Christian Rebour, coordinateurs de cette réunion, font partie du comité de pilotage de Kerval, à titre de représentants des riverains de l’usine.

Participaient à cette réunion :

  • Thierry Burlot, Président de l’usine Launay-Lantic  et vice-président à l’eau, l’environnement et la biodiversité au Conseil Régional
    Marck Briand, directeur technique du site accompagné de membres du personnel
  • Parmi les élus locaux :
    Daniel Barret, maire de Tréguidel – Jean-Paul Le Vaillant, maire de Châtelaudren – Christian Le Maître, maire de Lantic – Marcel Serandour, maire de Tréveneuc
    Jean-Michel Urvoy, président du SMITOM – Jean-Luc Barbo, vice-président de Lamballe Terre et Mer

Jean-Yves Goascogne et Christian Rebour ont tenu à souligner dès le départ que cette réunion avait pour but d’informer et d’échanger sur les nuisances actuelles subies par les riverains, en l’occurrence les odeurs nauséabondes provoquées par la réception massive d’algues vertes sur le site de Launay-Lantic, sans stigmatiser quiconque.

Lecture a ensuite été faite du courrier adressé par Thierry Burlot aux riverains. Dans celui-ci Thierry Burlot rappelle que l’usine est à l’arrêt depuis le 03 juillet. Pour supprimer la principale source d’odeurs, des dispositions ont été prises :

  • vidange intégrale des bassins ayant reçu ces jus
  • demande faite aux collectivités de ramasser des algues de qualité
  • traitement des algues avec un produit neutralisant les odeurs
  • limitation des quantités d’algues réceptionnées
  • mise en place d’une station d’évaluation de la qualité de l’air avec Air Breizh et mesures réalisées chez les riverains en cas de propagation d’odeurs.

L’usine est à nouveau en fonctionnement depuis le 16 juillet.

Pour sa part,dans un courrier adressé au responsable de Kerval,  le comité des riverains a émis le souhait d’une limitation du tonnage des algues reçues à 5 000 tonnes avec un maximum de 1 000 tonnes par mois afin de maîtriser les flux et obliger l’Etat et les collectivités territoriales à rechercher d’autres alternatives (2 000 tonnes ont été réceptionnées à l’usine en trois jours au mois de juin dernier soit 8 000 tonnes déjà traitées cette année,  alors que le tonnage pour toute l’année 2018 était de 6 000 tonnes et de 3 000 tonnes en 2015).

TEMOIGNAGES

Plusieurs riverains ont témoigné des nuisances subies :

  • j’habite la maison la plus proche du centre de traitement. Durant trois semaines, nous avons subi ces odeurs,  elles rentraient dans la maison par la vmc, c’était intenable. Depuis trois ans, je n’étends plus mon linge dehors. Je m’inquiète des conséquences sur ma santé
  • odeurs de pourriture qui s’imprègnent partout
  • odeur insupportable d’oeuf pourri qui rend l’air irrespirable
  • l’odeur nous a réveillés cette nuit
  • encore des odeurs ce matin, à en vomir
  • je vis ici depuis trois ans et je n’ai jamais été importuné à ce point. Pas de repas dehors, pas de fenêtres ouvertes pour ne pas laisser entrer les odeurs.

Pour ce qui concerne les inquiétudes liées à la santé, Jean-Yves Goascogne a lu une directive du Ministère du Travail :

Intoxication par le sulfure d’hydrogène,

  • Exposition de courte durée : troubles respiratoires, irritations oculaires, conjonctivite, vertiges, céphalées, oedème aigu du poumon, perte de connaissance.
  • Intoxication chronique pour les expositions prolongées : bronchite, irritation cutanée, perte de connaissances à partir de 500 ppm,
  • Possibilité d’accident mortel très rapide en cas de forte inhalation au-dessus de 1000 ppm

INTERVENTION DE THIERRY BURLOT

Les algues vertes sont un véritable fléau qui correspond à un dysfonctionnement environnemental majeur. La Bretagne tire sa force de son développement agricole et agro-alimentaire à tel point que l’on est 3.1 millions d’habitants et que l’on produit pour 20 millions d’habitants. Depuis les années 70/80, des programmes sont mis en place pour tenter de résoudre les problèmes de nitrate et la profession agricole a réalisé des efforts importants dans ce domaine : de 50 mg/l de nitrates dans les cours d’eau dans les années 1990, on est passé à 25 actuellement. Mais selon les scientifiques, il faudrait arriver à 10 mg/l pour éradiquer les algues vertes.

A cela, s’ajoutent d’autres causes météorologiques et géographiques : la région dispose de 2700 km de linéaire côtier, soit 40 % du littoral français. Le problème des algues vertes ne touche en réalité que 5 à  10 % du littoral breton. Pourquoi ?  Parce que dans les baies (St Brieuc et Douarnenez notamment), l’eau ne se renouvelle pas, donc le flux  ne se dégage pas en haute mer et les nutriments (nitrates, phosphore) s’agglomèrent. La baie de St Brieuc se vide d’ordinaire une à deux fois par an mais cette année la météo a favorisé cette prolifération : hiver calme sans tempêtes qui auraient permis d’évacuer les nutriments vers la haute mer, printemps chaud et fortes températures en juillet.

L’usine de Launay-Lantic traite habituellement les algues vertes en les mélangeant à des déchets verts et en les faisant sécher durant huit à dix jours dans un immense box fermé et chauffé par une soufflerie. La matière sèche est ensuite broyée et mélangée aux nouveaux arrivages d’algues vertes.
Prévue pour le traitement des algues de proximité, Binic-Etables, St Quay-Portrieux, Plouha… l’usine reçoit désormais les algues provenant d’Hillion, Saint-Brieuc… Malheureusement, cette année en raison des échouages massifs, le ramassage s’est fait dans l’urgence :

Changement d’exploitant, dameuses remplacées par des tracto-pelles… résultat pas de respect du temps de séchage de 48 heures avant le transfert à l’usine et mélange de vase avec les algues.

Au final, il a été impossible de sécher la matière et les jus résiduels ont saturé le site en dégageant une odeur nauséabonde due à la présence de gaz dont l‘hydrogène sulfuré qui présente un danger sanitaire important pour le personnel et les riverains.

Excédée, une femme habitant Le Reste à Tréguidel, a bloqué l’accès d’un camion à l’entrée de l’usine. C’est le fait déclencheur qui, conjugué à la teneur de gaz dans les box, a provoqué la décision de la fermeture de l’usine.

Pas de véritables solutions à ce jour

200 m3 de jus en année normale, cette année 1200 m3 (soit une quantité anormale de vase) : « Le problème ne vient pas des algues mais des jus. On se retrouve avec 1 000 m3 de jus à recycler parce que les algues arrivent pleines de vase et d’eau » déplore Thierry Burlot

Les algues vertes sont un véritable fléau car elles n’ont aucune valeur agronomique. Leur présence est un signal qui nous rappelle qu’en matière de transition écologique, on a encore du chemin à faire.

Alors que faire ? 

On peut choisir de les laisser sur la plage avec les conséquences sanitaires qui en découlent car il est dangereux d’aller sur une plage où les algues sont en putréfaction. L’autre alternative est de les ramasser car au-delà de la dangerosité, c’est aussi l’image de la Bretagne que l’on véhicule en matière de tourisme.

 “La question de l’épandage dans la baie de St Brieuc devra être repensée pour avoir des alternatives au traitement en usine (car les périodes de chauffe peuvent augmenter dans les années à venir). Certains agriculteurs ont accepté d’épandre les algues sur leurs terres mais ceci ne peut être qu’une réponse parmi d’autres car si l’algue est composée à 98 % d’eau, elle contient également du sel ce qui limite les épandages :  4 tonnes maximum à l’hectare sur 3 ans” explique Jean-Luc Barbo.

Pourquoi uniquement le site de Lantic ?

Des riverains se sont plaints que l’ouverture d’autres sites ne soit envisagée pour mieux répartir la charge du traitement de ces algues. S’ils reconnaissent l’utilité du site de Launay-Lantic, ils ne comprennent pas que des mesures d’urgence ne soient pas prises pour stopper ces nuisances.

En réponse, Thierry Burlot considère que “bâtir d’autres usines, c’est accepter un modèle économique qu’il faut refuser. La priorité pour éradiquer les algues vertes doit être la reconquête de la qualité de l’eau”.

Quelles propositions pour sortir de cette période de crise ? 

Constituer un comité de suivi  avec les maires des communes concernées et des représentants des riverains pour proposer un protocole au préfet. Ce groupe de travail fixera les conditions d’exploitation et les conditions sanitaires pour les populations concernées. Thierry Burlot invite les participants à préciser ce qui apparaît pour eux comme essentiel en termes de santé publique. Il s’engage à revenir à Tréguidel d’ici la fin de l’année pour rendre compte des travaux du comité.

Thierry Burlot clôture son intervention en rappelant les dispositions prises :

  • tout camion dont le tonnage dépassera la norme autorisée sera refusé
  • n’accepter que des algues fraîches
  • sécuriser le site avec l’intervention d’Air Breizh : tous les salariés sont équipés d’un détecteur 5 ppm
  • réaliser une étude régulière, et financée, sur la qualité de l’air environnant par Air Breizh

Dans la salle, le courage de l’habitante de Tréguidel et celui de Thierry Burlot a été salué par plusieurs personnes et l”absence du préfet a été regrettée.

Jean-Yves Goascogne a rappelé que le souhait des riverains était de limiter le tonnage d’algues vertes livrées sur le site de Launay-Lantic.  Il invite ceux et celles qui souhaitent être tenus informés de l’évolution de la situation à lui communiquer leur adresse mail. Il est également possible de poser des questions et transmettre des suggestions.

 

On en parle dans les médias

Et pour finir, on ne peut passer sous silence la sortie en juin dernier de la BD “Algues vertes, l’histoire interdite” (éditions Delcourt) qui rencontre un vif succès puisque, tiré à 6000 exemplaires, l’ouvrage a été réimprimé.

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