Dans DOSSIERS, Environnement

Dans cette période de confinement, la relation de l’Homme à la nature revient souvent dans les discussions.
Je partage avec vous une série de 5 articles rédigés par une habitante de Tréguidel sur un forum de discussion.
De quoi remettre en question la suprématie de l’être humain dans son environnement.

« Va prendre tes leçons dans la nature, c’est là qu’est ton futur »

Il y a 500 ans, Léonard de Vinci s’exprimait en ces termes. Il était en train de créer une machine volante, l’Ornithoptère,
après une observation minutieuse des oiseaux et de chauves-souris.

Bien que restée au stade du croquis, c’est, de ce que j’ai pu en voir, la toute première formalisation réelle du concept de biomimétisme.

C’est quoi le biomimétisme ?

Le biomimétisme n’est pas une nouvelle science, mais une approche, un état d’esprit, voire une philosophie, qui consiste à étudier la nature sous toutes ses formes : animaux, plantes, micro-organismes ou écosystèmes.

Cela part d’un constat : au bout de 3.8 milliards d’années d’évolution (de R&D devrait-on dire !), la nature a appris à reconnaître ce qui marche, ce qui est approprié, ce qui dure. Ce qui a échoué est devenu fossile, et ce qui nous entoure est le secret de la survie.

Il est important ici de noter que le biomimétisme ne se borne pas à vouloir copier la nature, mais qu’il rentre dans une vraie démarche de progrès et d’innovation pour améliorer nos matériaux et procédés. Le vivant a déjà beaucoup inventé. Nous devons tirer parti intelligemment de la nature, sans arrogance, avec respect et partage.

Car le biomimétisme, c’est bien une toute nouvelle façon de considérer et d’apprécier la nature. Il ouvre une ère fondée non pas sur ce que nous pouvons extraire du monde naturel, mais sur ce que nous pouvons en apprendre.

Est-ce que ce n’est pas déjà ce qu’on fait ?

Nous tirons déjà parti des actifs de plantes pour la médecine, nous optimisons les rendements de nos cultures en agriculture, nous tenons compte de la course du soleil parmi tant d’autres choses pour construire des maisons «bioclimatiques» etc… Oui, mais non. Ce n’est pas du tout ça le biomimétisme.

En voulant façonner le monde à notre seul usage, nous avons cessé de vivre en équilibre avec les autres entités (animales, végétales, microbiennes…) qui partagent avec nous la planète. Nous sommes pourtant tous en interrelations, en interdépendances, et c’est certainement ce que nous avons trop perdu de vue aujourd’hui.

Les inventions de la nature sont des systèmes agiles qui  font le ” job” et sont autonomes, efficients. En tant que tel, le recyclage est la norme, les déchets sont inexistants ; ce qui fonctionne perdure, ce qui ne marche pas s’en va. La nature reste le seul ingénieur capable de créer des multitudes de cycles de production sans consommer d’énergies fossiles ni produire de déchets.

Un système qui a fait ses preuves, jugez plutôt…

Durant 3.8 milliards d’années, la vie a appris à voler, à faire le tour de la planète, à vivre dans les profondeurs de l’océan et sur les plus hauts sommets, à fabriquer des matériaux miraculeux, à éclairer la nuit, à capter l’énergie du soleil et à développer un cerveau capable d’introspection. Lorsque nous plongeons aussi profondément notre regard dans celui de la nature, il y a parfois de quoi en avoir le souffle coupé.

En architecture, nos poutres et nos étais les plus sophistiqués sont déjà présents dans les feuilles de nénuphar et les pousses de bambou. Les termitières possèdent une température constante de 30° malgré des variations très importantes, et y arrive sans chauffage central ni climatisation. Notre radar le plus performant est dur d’oreille si on le compare à la transmission multifréquence des chauves-souris. Quant à nos nouveaux « matériaux intelligents », ils ne sauraient rivaliser avec la peau des dauphins ou la trompe des papillons.

Alors :

  • Comment les colibris traversent-ils le golfe du Mexique avec moins de trois grammes de carburant ?
  • Comment une petite libellule, qui a 340 millions d’années, vole à 80 km/h avec quelques watts ?
  • Comment certaines éponges peuvent-elles fabriquer du verre à température ambiante, soit 2 à 3°, ou comment une petite algue marine se fait un squelette de verre ultraperformant à 20°, alors que les industriels le produisent de 700 à 1 400° ?
  • Comment une moule se colle à un rocher avec des colles biologiques incroyables ?

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Heureusement, depuis une quinzaine d’années, le biomimétisme commence à intéresser les entreprises. Total, Veolia, GDF Suez, Renault ou Saint-Gobain ont bien compris que l’avenir est là, puisqu’on épuise les matières premières de cette planète. Le lanthane ou les terres rares disparaissent. Comment continuera-t-on à faire des téléphones ou des iPads ? Il faut bien qu’on apprenne.

C’est ainsi qu’on peut citer quelques exemples. Saviez-vous que :

  • la coquille Saint-Jacques est à l’origine de l’invention de la tôle ondulée ?
  • les yeux des mouches permettent d’envisager d’améliorer le rendement des systèmes photovoltaïques ?
  • la première montre-réveil s’est inspirée du grillon (la Cricket, de Vulcain) ?
  •  la cigogne, la chauve-souris, le canard et même le thon ont inspiré autant de modèles d’avions ? etc…

Autrement dit, les êtes vivants ont accompli tout ce que nous voulons faire, sans épuiser les combustibles fossiles, sans polluer la planète ou hypothéquer leur avenir. Quels meilleurs modèles pourrions-nous imaginer ?

Pour ceux qui sont vraiment intéressés par le sujet, voici une tribune de Coralie Schaub, journaliste

Comme disait un pharmacien, « Je plains ceux qui, en 2050, devront mettre au point des médicaments à partir de plantes qui auront disparu il y a trente ans ». C’est une vraie question. En 2007, en Inde, un virus a attaqué le riz. Les agronomes ont testé 6 400 variétés avant d’en trouver une, perdue dans les vallées de l’Himalaya, qui résiste au virus. C’est ça, la biodiversité. Face à un changement, vous avez la réponse quelque part. Ce qu’on détruit, c’est cette capacité à répondre. En 2007 aussi, disparaissait le dernier Beiji, le dauphin du Yang-Tse Kiang, en Chine. Il avait le plus fabuleux sonar qu’ait jamais inventé la nature. Eh bien, on l’a perdu, dans l’indifférence totale. Autre exemple : au Kenya, un animal très bizarre, le rat-taupe nu, vit cinquante ans. C’est fabuleux pour un rongeur. On découvre alors qu’il ne développe jamais de cancers. Du jour au lendemain, cette bestiole très laide arrive au firmament des espèces. Elle a eu de la chance.
[…]
Mais ne vouloir sauver que ce qui sert à quelque chose est d’une stupidité inouïe. Comme si la nature avait inventé des espèces pour aider ou gêner les humains il y a 300 millions d’années ! Ce n’est d’ailleurs pas la planète qu’on veut sauver, c’est le bien-être de l’humain.
[…]
Laisser entendre qu’un jour l’humain sera affranchi de la nature est l’idée la plus terrible de l’époque. Elle pose d’énormes questions éthiques. On revient à la maxime « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Il faut ramener l’humain à ce qu’il est.
Oublions l’expression « dominer la nature ». Le biomimétisme, c’est l’inverse de cette arrogance.

Quelques ressources

Sur ce, quelques ouvrages intéressants sur lesquels j’ai pris appui pour cette ouverture :

Biomimicry: Innovation Inspired by Nature, de Janine M. Benuys (1997), Ed. William Morrow (en anglais)
Biomimétisme : quand la nature inspire des innovations durables, de Janine M. Benuys (2011), Ed. Harmonia Mundi (en français)
Quand la nature inspire la science, de Mat Fournier (2016), Ed. Plume de Carotte

Marie B.

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