Dans HISTOIRE
Samedi 1er août 1914 – vendredi 1er août 2014

A 19 heures aujourd’hui, le “tocsin de la paix” a retenti à Tréguidel, comme sonnèrent, il y a un siècle, les cloches en ce 1er août 1914. La plupart des hommes et des femmes sont aux champs. Est-il réellement 16 heures ? Le télégramme de la Préfecture est-il arrivé à temps ?Ou bien les cloches ont-elles sonné plus tard, à 19 heures comme à Langueux ? Nous ne le savons pas.

Alors, nous allons tenter de reconstituer cette journée et celle qui suivit sans être certains de la justesse de nos propos mais en essayant d’imaginer ce que nos ancêtres ont pu vivre à cet instant.

Voici le premier volet d’une série d’articles sur les hommes et les femmes de Tréguidel, pendant la guerre 1914-1918. En avançant dans mes recherches, j’ai pu mesurer à quel point cette guerre a été psychologiquement et physiquement difficile pour nos soldats et pour leur famille. Je comprends pourquoi, en cette année 2014, un engouement se fait sentir pour honorer leur mémoire : plus je lis et relis la documentation sur cette guerre, et plus un sentiment d’injustice résonne en moi. Cette guerre, la plus meurtrière du siècle, a fait l’objet de tant de clichés. Trop souvent,  elle a été occultée par celle qui a suivi quelques décennies plus tard.

Nous avons envers ces hommes et ces femmes, nos parents, grands-parents ou arrière-grands-parents, le devoir de restituer une représentation fidèle des souffrances physiques et morales qu’ils ont endurées, le courage dont ils ont fait preuve et ne pas oublier.

L’heure de la mobilisation

ordre de mobilisation4

Quand les cloches sonnent, les hommes et les femmes sont, pour la plupart, aux champs. Il faut se rappeler que la France rurale est alors composée de 50 à 60 % d’agriculteurs, taux qui avoisine 80 % en Bretagne. Le temps est lourd, il fait chaud. Au son du tocsin, la panique se fait sentir. Les gens accourent de toute part et se dirigent vers la place du bourg, devant la Mairie. Là, Monsieur le Maire, accompagné  certainement de l’instituteur du village, lit l’ordre de mobilisation générale. Chacun écoute en silence. L’heure est grave.

Y-a-t’il un sentiment d’ivresse générale comme on a pu le laisser croire ? Non, les femmes pleurent, on se soutient les uns les autres car dans chaque famille, il y a un père, un mari, un fils, un frère qui s’en va. L’heure n’est plus aux disputes mais à la réconciliation. La stupeur et le désarroi se lisent sur les visages. Cette guerre on n’y croyait pas…

« Voilà le glas de nos gars qui sonne » gémit cette paysanne.

Les hommes s’inquiètent : comment va s’organiser la moisson ? Les chevaux étant réquisitionnés, comment vont se faire les labours au mois d’octobre s’ils ne sont pas revenus ?

Au sentiment de tristesse et de chagrin se mêlent aussi le sens du devoir et le patriotisme. Les peintres, les écrivains et les instituteurs ont le mieux traduit les sentiments contradictoires qu’on put ressentir ces hommes.

Le lendemain, dimanche 2 août, la  messe est très suivie. Tout le monde adhère à l’union sacrée, laissant de côté les divisions nées de l’application des lois laïques. C’est donc résignés mais décidés à défendre la patrie que les hommes partent au combat. Sans la fleur au fusil…

La journée se passe en famille, avec les voisins, les amis. On donne des recommandations, des conseils. Ceux qui restent promettent d’aider. Le temps est comme suspendu. Mais en ce bel été 1914, le travail des champs n’attend pas. Certains continuent à moissonner, peut-être pour ne pas penser.

Puis, chacun rentre chez soi. Il faudra se lever tôt demain matin pour rejoindre la gare de Lanvollon d’où partira le train pour rejoindre le lieu d’affectation, à Saint-Brieuc. Ce soir-là, les chaumières sont restées allumées tard dans la nuit. Il faut préparer le paquetage et les provisions pour le voyage.

Il est recommandé aux hommes convoqués de se mettre en route avec deux chemises, un caleçon, deux mouchoirs, une bonne paire de chaussures ; se faire couper les cheveux et emporter des vivres pour un jour.”

Demain, à l’aube, les premiers hommes s’en iront…

 

A suivre, Le Départ.

Note : ce dossier est une reconstitution de la vie des Tréguidelais et Tréguidelaises durant la 1ère guerre mondiale. Il demeure toutefois une fiction même s’il repose sur les informations historiques que j’ai récoltées ici et là.

Merci à ceux et celles qui disposent d’informations, de me corriger ou de compléter mon propos.

Catherine B.

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Gare de Saint-Brieuc