Dans BIBLIOTHEQUE

Cette rubrique est destinée aux lecteurs qui désirent partager leurs lectures. Livres empruntés à la bibliothèque ou livres que vous possédez, si vous avez envie de donner à d’autres quelques idées de prochaines lectures, n’hésitez pas à venir en parler ici. Un coup de cœur, une déception…, l’approche est libre et totalement subjective.

La peau de l’ours [roman] – Joy Sorman

   Résumla peau de l'oursé : le narrateur, hybride monstrueux né de l’accouplement d’une femme avec un ours, raconte sa vie           malheureuse. Ayant  progressivement abandonné tout trait humain pour prendre l’apparence d’une bête, il est vendu à un montreur d’ours puis à un organisateur de combats d’ae roman en forme de conte, qui explore l’inquiétante frontière entre humanité et bestialité, nous convie à un snimaux, traverse l’océan pour intégrer la ménagerie d’un cirque où il se lie avec d’autres créatures extraordinaires, avant de faire une rencontre décisive dans la fosse d’un zoo.

Ce roman en forme de conte, qui explore l’inquiétante frontière entre humanité et bestialité, nous convie à un singulier voyage dans la peau et la tête d’un ours. Une manière de dérégler nos sens et de porter un regard neuf et troublant sur le monde des hommes.

Mon avis : tout est dit dans le résumé. L’histoire est surprenante et j’ai été captivée par cette lecture. Un très beau roman.

Extrait : “Nous ne fuirons pas mais quelque chose a changé, c’est une évidence irrévocable, je ne reviendrai pas en arrière, si ma place est au cirque c’est auprès d’elles et non à la ménagerie, je n’ai rien à partager avec les singes et les chevaux qui ne sont que les représentants interchangeables de leur espèce, je veux être considéré pour ce que je suis, une aberration, une exception et un talisman, je veux qu’on me prenne au sérieux, c’est aux côtés des montres que je dois me produire. Sur mes patins je ne suis rien, ni ours, ni homme, un clown peut-être. Des poils épais et sombres ont recouvert mon histoire et j’ai maintenant l’air d’une bête, rien de plus et rien de moins qu’une bête, peur-être faudrait-il me tondre pour faire apparaître à nouveau cet épiderme rose, dégager les traits de mon visage. L’ourson métisse est mort et enterré, ma généalogie s’est perdue, personne n’a consigné le récit de ma vie, je ne dispose d’aucune preuve, je suis un clandestin jamais démasqué, à la légitimité usurpée. Seules les femmes pourraient plaider ma cause, parler aux hommes, mais c’est leur peau qu’elles doivent sauver avant celle de l’ours.”

Catherine B.

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier [roman]
Patrick Modiano – Prix Nobel de littérature 2014

modianoRésumé du livre : – Et l’enfant ? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles  de l’enfant ?
– Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu… Quel drôle de départ dans la vie…
– Ils l’avaient certainement inscrit à une école…
– Oui. A l’école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d’une grippe .
– Et à l’école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage…
– Non, malheureusement. Ils ont détruit l’école de la Forêt il y a deux ans. C’était une toute petite école, vous savez… »

Mon avis : pour apprécier ce livre, il faut connaître l’univers modianesque : l’enfance, l’abandon, le passé, la solitude, la mémoire… L’histoire tourne autour d’un homme à trois époques différentes de sa vie : le Paris d’aujourd’hui, celui de son enfance et celui de l’époque où il était jeune homme. Un intrus va bousculer sa vie et le faire replonger dans son passé par petites touches, mêlant le passé et le présent. On avance dans notre lecture comme dans un puzzle. Les personnages restent flous comme la mémoire l’est aussi. Un livre qui n’a pas de fin. On aime ou… on n’aime pas. Pour ma part, j’ai aimé cette lecture.

Catherine B.

Les gens heureux lisent et boivent du café  [roman]
Agnès Martin-Lugand

les gens heureuxRésumé du livre  (Michel Lafon) : “Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avaient percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux.”

Diane a perdu brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son coeur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Egarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.

L’histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique, tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n’a d’autre choix que de faire avec.

Mon avis : C’est l’histoire simple d’une personne qui tente d’oublier et de se reconstruire après un deuil insurmontable.  Dans la première partie, elle est dans le déni et nous vivons sa douleur qui se transforme en dépression. Totalement dévastée, elle décide de quitter Paris et ses proches pour aller vivre en Irlande. Là, elle fera des rencontres et se liera d’amitié avec des personnes qui ne connaissent rien de son passé. Dans cette deuxième partie, on la voit évoluer entre solitude, tristesse, amitié et une rencontre décisive avec un homme solitaire et bourru. Une histoire entre deux êtres écorchés par la vie  qui commence de manière brutale pour se terminer par une banale histoire d’amour en somme, sauf que la fin nous réserve quelques surprises. Beaucoup de dialogues dans ce livre souvent décrié pour son côté “à l’eau de rose”. Mais, faut-il aimer uniquement les livres dits “littéraires” ? Moi, j’ai aimé cette histoire simple, avec ces morceaux de vie auxquels on s’attache. L’important lorsqu’on lit un livre, c’est de passer un bon moment.

Catherine B.

JUSTE AVANT LE BONHEUR [roman] – Agnès ledig

juste avant le bonheur

Résumé (Albin Michel) : Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Emu par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ?
Prix 2013 – Maison de la Presse

Mon avis :  Juste avant le bonheur est un roman écrit avec simplicité et sensibilité. On découvre tout d’abord l’évolution du regard d’une femme sur les hommes, sa relation fusionnelle avec son fils, Lulu,et  l’amitié qui naît entre des êtres qui traînent chacun leurs lots de casseroles. Mais un drame va anéantir ces moments de bonheur.Et lorsque le temps a apaisé la douleur, peut-on s’accorder le droit d’être heureux ? Si le sujet a maintes fois été traité, l’auteur a su nous toucher  en mêlant émotion et optimisme. Se reconstruire au contact des autres, ou comment retrouver le goût de vivre malgré les épreuves de la vie.

Extrait :  Ma vie est devenue surréaliste. Je viens de laisser la garde de mon fils à quelqu’un que je ne connais que depuis deux bonnes semaines, et je suis allongée sur le pont d’un petit bateau, au beau milieu de nulle part à côté d’un homme, sous une couverture, dans un hôtel à dix milliards d’étoiles. Quel luxe ! Tout çà, sans savoir si l’homme en question a prévu de me sauter dessus sans autre forme de procès ou s’il se contentera simplement, comme il le dit, de partager sa passion des étoiles avec moi.
Je demande à voir. Ca pourrait bien me réconcilier avec l’espèce humaine. Surtout sa part masculine. Ca existe, sur cette pauvre terre, des hommes capables d’une telle réserve ?
Pour l’instant, je suis simplement dans ses bras. Il semble endormi. Il a encore un peu pleuré. Les hommes sont pires que des oignons pour le nombre d’épaisseurs. Ou alors, il avait un sacré stock à décharger du camion. Quelques gouttes salées de plus ou de moins dans l’océan, ça ne changera pas la face du monde. La sienne, sûrement que si, demain matin, parce qu’il aura les yeux franchement gonflés, et puis les autres jours, dans l’autre sens, parce qu’avec la pression qui sort maintenant, il aura moins les traits tirés. Je crois de plus en plus que c’était ma mission en venant ici. L’éplucher jusqu’au coeur. Je sers au moins à quelque chose.
Et dire que ça ne changera rien à ma vie. J’ai la tête dans les étoiles, la main dans un portefeuille plein d’argent, je vis un rêve éveillé pendant quelques semaines, oui, mais après ?
Après, je vais retrouver le train-train d’une vie programmée, ma caisse, mes collègues, ceux que j’aime bien, et les autres, ce connard de Chasson, les rythmes de travail délirants que je ne supporte plus. La peur au ventre à chaque fois que je démarre ma voiture. Et qui s’en souciera ?

Catherine B.

CHARLOTTE  [roman biographique] – David Foenkinos
Prix Renaudot et Goncourt des Lycéens 2014


charlotte

Résumé  (Gallimard)  : ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une oeuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : “C’est toute ma vie.” Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique. Charlotte est le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Mon avis : à travers ce roman, David Foenkinos retrace le parcours de Charlotte Salomon, artiste juive allemande dont le destin tragique se révèle au fur et à mesure que nous avançons dans notre lecture. Morte en déportation, ses peintures sont aujourd’hui exposées au musée juif d’Amsterdam.

Le style emprunté peut décontenancer au début : il est  écrit sous forme de prose, une phrase à chaque ligne. Mais très vite, le charme opère et on se laisse emporter par l’histoire. Ce choix littéraire apporte de la fluidité, de la sobriété et surtout de la force au texte au point que toute la sincérité et les émotions du personnage, mais aussi de l’écrivain, se dégagent du portrait de cette jeune femme. Un très beau roman.

Extrait 

Sur le chemin du retour, elle respire profondément .
Ce jour-là, c’est la naissance de son œuvre Vie ? ou Théâtre ?
En marchant, elle pense aux images de son passé.
Pour survivre, elle doit peindre son histoire.
C’est la seule issue.
Elle le répète encore et encore.
Elle doit faire revivre les morts.
Sur cette phrase, elle s’arrête.
Faire revivre les morts.
Je dois aller encore plus profondément dans la solitude.

Fallait-il aller au bout du supportable ?
Pour enfin considérer l’art comme seule possibilité de vie.
Ce que Moridis a dit, elle le ressentait.
Dans sa chair, mais sans en avoir la conscience.
Comme si le corps était toujours en avance sur l’esprit.
Une révélation est la compréhension de ce que l’on sait déjà.
C’est le chemin qu’emprunte chaque artiste.
Ce tunnel imprécis d’heures ou d’années.
Qui mène au moment où l’on peut enfin dire : c’est maintenant.

Elle voulait mourir, elle se met à sourire.
Plus rien ne va compter.
Plus rien.
Rares sont les oeuvres ainsi créées.
Dans un tel degré d’arrachement au monde.
Tout est limpide.
Elle sait exactement ce qu’elle doit faire.
Il n’y a plus d’hésitation dans ses mains.
Elle va peindre ses souvenirs de manière romanesque.
Les dessins seront accompagnés de longs textes.
C’est une histoire qui se lit autant qu’elle se regarde.
Peindre et écrire.
Cette rencontre est une façon de s’exprimer entièrement.
Ou disons totalement.
C’est un monde.

Catherine B.

Deux petits pas sur le sable mouillé [témoignage] – Anne-Dauphine Julliand

Ce n’est pas le genre de livres que d’ordinaire j’aime lire. La plupart du temps je referme le livre avant la fin, incapable de poursuivre ma lecture, certainement parce qu’on y parle d’un sujet difficile : la maladie incurable et la mort.

 

deux petits pas 2Dans ce livre, Anne-Dauphine Julliand nous fait partager et vivre l’histoire de sa fille Thaïs, atteinte d’une maladie orpheline incurable. Elle vient d’avoir deux ans et il ne lui reste que quelques mois à vivre.

Bien loin du pathos, nous cheminons au jour le jour avec Thaïs. Nous devinons sa souffrance qui n’est jamais décrite. Nous ressentons l’épreuve qui s’abat sur cette famille. Mais à aucun moment, tout cela n’est exprimé. Bien au contraire, nous vivons avec cette famille des moments où l’amour et le temps présent sont les armes incontournables pour lutter contre la maladie qui inexorablement poursuit son œuvre.

Une formidable leçon de vie et de courage que nous donne cet enfant de deux ans. Une réflexion dont on ne sort pas indemne.

« Tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres petites filles, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d’amour ».

 

Dans un monde où tout va trop vite, dans lequel on se noie très souvent, ce livre nous renvoie de manière fulgurante à l’essentiel : le bonheur de vivre le temps présent.

« Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie. »

Quatre ans plus tard, Anne-Dauphine Julliand récidive en publiant « Une journée particulière ». Ce 29 février qui n’apparaît que tous les quatre ans dans le calendrier, Thaïs aurait eu huit ans. L’auteur raconte comment sa famille a vécu cette journée. Elle aborde également d’autres thèmes, comme le quotidien des accompagnants, la vie après la mort d’un proche, le handicap mais aussi comment son couple a fait face à l’épreuve…

Hier, par une belle journée ensoleillée, je marchais sur le sable. Je n’ai pu m’empêcher d’imaginer deux petits pas sur le sable mouillé…

Catherine B.

Mon coup de cœur

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître
Prix Goncourt 2013

Ce livre ne fait pas partie du fonds de la bibliothèque. S’il vous intéresse, vous pouvez  demander à un permanent de le réserver auprès de la Bca (bibliothèque des Côtes d’Armor).

 

9782226249678g

 

Sur fond de guerre 14-18 et d’après-guerre, l’histoire d’une amitié entre deux hommes que rien ne destinait à rapprocher.
Albert Maillard a vu sur le champ de bataille quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir. Il devient la cible du lieutenant Henry d’Aulnay-Pradelle. Il échappe de justesse à la mort grâce au courage de son compagnon d’armes, Edouard Péricourt, qui en sort profondément mutilé. Dès lors, une amitié indéfectible se noue entre eux.

 

 

L’histoire évolue autour de ces trois hommes, dans la France de l’après-guerre, avec ceux qui s’enrichissent ou se sont enrichis grâce aux combats et ceux qui n’arrivent pas à s’en sortir. Nos deux comparses mettent en œuvre une formidable escroquerie… un livre plein de rebondissements et de surprises, écrit d’une main de maître si bien qu’on se prend dans l’histoire et qu’on a du mal à lâcher prise même si le livre fait 567 pages. Un livre passionnant où l’on s’interroge sans cesse pour savoir où commence la réalité et où s’arrête la fiction.                

Voici un court extrait :

« …Edouard a enfoncé ses ongles. C’est affreusement douloureux. Mais la pression se relâche, bientôt les deux mains d’Edouard se coulent autour des épaules d’Albert, il le serre contre lui et pleure à gros sanglots, en poussant des cris. Albert a entendu de ces cris-là. Des petits singes, un jour, dans un cirque, qui faisaient du vélo en costume marin et gémissaient à vous arracher les larmes. C’est déchirant un chagrin si profond. Ce qui arrive à Edouard est tellement définitif, prothèse ou pas, tellement irréversible…
Albert dit des choses simples. Pleure mon grand. Il n’y a plus que ça à faire, dire des choses bêtes. Le chagrin d’Edouard est incontrôlable, irrépressible.
– Tu ne veux plus rentrer chez toi, je le vois bien, dit Albert.

Il sent la tête d’Edouard qui bascule, qui se niche dans son cou, il ne veut plus rentrer. Il répète non, non, il ne veut pas.

En le tenant contre lui, Albert se dit que pendant toute la guerre, comme tout le monde, Edouard n’a pensé qu’à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu’il est vivant, voilà qu’il ne pense plus qu’à disparaître. Si même les survivants n’ont plus d’autre ambition que de mourir, quel gâchis… ».

 

Catherine B.

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